...d' une nouvelle écrite en Août 2006...
« Un soir pourtant, la veille de notre départ, alors que les enfants venaient de sortir et que je terminais la vaisselle, Giorgio s' effondra, sans motif apparent, muet dans sa douleur.
Couché dans la pénombre de la chambre, il ne bougeait plus.
Les rivières de larmes qu' il avait tant retenues, coulaient librement à ne plus s' arrêter.
Elles emportaient tout...sa peine, ses rancunes, mais aussi son bonheur nouveau.
Elles me racontaient en même temps les frustrations, les défaites de son cœur soumis, ses espoirs stériles, ses chemins d' infortune, ses impasses, ses combats.
Je compris que sa jolie garce lui manquait.
Ses yeux devaient continuer à la chercher partout, sur les places comme sur le sable, puisque que c' est ici, à Sagunto, qu' il était déjà venu avec elle.
Misère de tous les instants quand les souvenirs vous assaillent trop...
Les lèvres de Giorgio prirent au bout d' un moment les contours de la souffrance profonde, et ses mains ne me cherchaient même plus.
Elles s' étaient refermées sur le mal de l' absence et sur l' absurdité de nos vies. »
Solange Arcamone - "Mauvaise rencontre"
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Publié par little stella à 00:01:53 dans rencontre | Commentaires (2) | Permaliens

Quadragénaire deux fois divorcée, voilà sept ans que je mettais chaque jour plus en avant mon infirmité affective.
Elle se réduisait à deux adjectifs : pathétique et grotesque.
A l' automne 93, je décidai d' en finir en confiant mon sort à des « professionnels du cœur ».
C' est ainsi que je fis la connaissance d' Anne-Marie.
Elle tenait un nouveau club de rencontres à Chambéry, le club « Aurore », qui avait pour emblème publicitaire deux cygnes amoureusement enlacés.
Quelle ne fut pas ma surprise en entrant dans le cabinet matrimonial...
Anne-Marie était l' ancienne épicière de Challes-les-Eaux ! Elle avait délaissé les fruits et les légumes pour les intrigues de l' amour. Son commerce la menait...
Ongles carminés, sourire de circonstance, ma conseillère étalait une grande compassion qui me fit rapidement miroiter monts et merveilles.
Elle feuilleta son fichier avec dextérité, prit un air méditatif, me donna l' impression de vouloir vraiment prendre mon destin en main.
Je n' avais pas l' âge de la résignation et ma foi, je pouvais encore plaire...mieux, refaire ma vie.
Le contrat d' adhésion fut vite signé. Il ne me restait plus qu' à attendre la sonnerie du téléphone.
Huit jours après, j' obtins mon rendez-vous galant. Jacques se présenta le premier, très à l' aise, la voix tendre. Il désirait me voir rapidement et moi, je ne fis rien pour retarder les choses. Après tout, il valait mieux nous rencontrer tout de suite.
Pour cette première « présentation », je fis quelques emplettes, histoire de renouveler ma garde-robe...nouvelle jupe assortie d' un body très sexy en dentelle noire, et pour tout vous dire, je me trouvais assez jolie.
Ce premier contact me stressait quand même un peu. Avais-je perdu la tête ? Pourquoi me réduire à ces manoeuvres ? Mais pas de questions existentielles, j' avais décidé de rester simple et de vivre avec mon temps.
J' arrivai à l'heure à l' endroit convenu. Jacques était un grand gaillard, bel homme, en costume sombre et chemise blanche mais sans cravate. Très bien...
Regard plein de charme, sourire discret...Nous avons passé plus d' une heure ensemble, assis au Café de l' Horloge, dans une vraie complicité. Mais il s' épancha peu et me convia assez vite à le suivre.
Il habitait Rue Basse du Château, dans un vieil immeuble classé monument historique.
La porte d' entrée s'ouvrit sur...un immense piano à queue ! Après le premier étonnement , je fus éblouie.
Pour la première fois de ma vie, on m' offrit Brahms et Chopin sur un plateau d' argent et pour moi toute seule !
Les doigts sautaient sur les touches, s'envolaient, revenaient, caressaient l'ivoire avec un talent fou. Mon artiste regardait peu les partitions posées devant lui. Les yeux fermés, il m' emportait dans ses jardins musicaux...
Le lendemain, j' appelai Anne-Marie pour lui faire part de mes impressions.
« Ah ! oui...dit-elle, il est doué...mais...c' est un immature !... »
Et voilà, elle avait tout brisé en deux secondes !
Décidément,on ne pouvait pas passer de l' épicerie fine au royaume de l'amour sans faire... un peu de casse !!
Je revis Jacques cependant. Il aurait bien déménagé son piano pour l' installer dans mon séjour mais...sa femme le harcelait encore et il n' arrivait pas à s' en débarrasser. Tout compte fait, il préféra vivre chez ses parents aux Avenières.
Effectivement, il n' était pas prêt pour démarrer une nouvelle histoire et j' ai dû tout naturellement oublier mon beau pianiste . Quelle déception...
Publié par little stella à 00:49:23 dans rencontre | Commentaires (8) | Permaliens
Gare de Lyon La Part Dieu ce matin 11h15...
J' attendais mon ami Jean-Baptiste, dans la foule des voyageurs qui montait, descendait les escaliers, s'affairait autour des panneaux d' affichage, circulait.
J' ai dû lire l' heure d' arrivée du train de Strasbourg à haute voix...C' est alors que, tout près de moi, une voix me répondit: " Le train de Strasbourg aura dix minutes de retard madame..." Je me suis retournée, étonnée et, surprise, je vis un homme élégamment vêtu, qui me souriait de toutes ses blanches dents.
Je lui souris à mon tour et je lus dans ses yeux le désir de faire plus ample connaissance.
Il attendait lui aussi une amie arrivant de Metz, il habitait Argelès, il venait la rejoindre à Lyon pour une escapade à St Jean, il possédait un bateau baptisé "Palacio", il était fou de mer, il avait mené une vie trépidante et s' était résigné finalement à reprendre son indépendance auprès de son île flottante.
Photos à l' appui, l' homme ne semblait pas mentir.
Il m' invita sans plus tarder à Argelès et là, devant sa précipitation, je voulus m' en éloigner un peu. Je bredouillai quelques excuses banales...
Le train que j' attendais avait bien du retard. Je fis les cent pas dans le hall tout en m' apercevant que "mon homme" ne me quittait pas des yeux.
Il revint lentement vers moi, arborant le même sourire. J' acceptai alors de converser plus librement .
D' aveux en confidences, il déchira une feuille d' un petit carnet, y griffonna son numéro de portable et m' incita à en faire autant. Je saisis son stylo ...Il fallait bien lui rendre la politesse !
Après quelques brefs souhaits de bonne journée, nous sommes partis, chacun de son côté, lui vers le train qui arrivait de Metz et moi vers celui de Strasbourg qui entrait en gare.
Rencontre brève qui n' a pas duré plus de dix minutes ! Ahurissant ...
A peine le temps de revenir à la réalité que mon "autre homme" se trouvait déjà devant moi, du haut de son 1m93... Pas mal non plus celui-là !!
Franchement, à choisir, je n' aurais su à quel bras me lier pour quitter la gare. Ah...la vacuité des célibataires !
Publié par little stella à 19:58:05 dans rencontre | Commentaires (10) | Permaliens
("Enracinement")
Quelle est cette drôle de dame, attachée par le haut et par le bas ?
Elle prendrait les forces de la Terre, les délices du Cosmos et les messages de l' Au-delà ?
C' est certainement ça qui lui permet de prendre son pied ...
Alors, faisons comme elle !
Little stella
Publié par little stella à 11:51:06 dans rencontre | Commentaires (14) | Permaliens
L' arrivée en France après deux mille kilomètres de route, allait être catastrophique.
Giorgio conduisait bien mais, un rien pouvait le mettre hors de lui. L' Audi avalait goulûment le macadam. Les limitations de vitesse n' étaient pas toujours respectées, ni la "dépose-toilettes", d' ailleurs. Je ne bronchais pas mais mon oeil ne quittait plus le compteur de vitesse...A l' arrière, les jeunes dormirent beaucoup.
Quinze heures après, les premiers contreforts alpins apparurent. La Savoie exposait à nouveau ses sommets et Aix-les-Bains, pimpante et guillerette avec ses balcons de fleurs, nous ouvrit les bras.
Fourbus, enkylosés, l' estomac dans les talons, nous nous étions vite mis à la recherche d' une pizzéria. Il était à peu près dix- neuf heures trente...Il y avait encore de la place dans les gargottes..
Assis enfin à une bonne table, les premiers coups de fourchette en disaient long sur notre famine. Gladys s' agitait, riait...Le sommeil du voyage l' avait un peu requinquée. Elle retrouvait son tempérament vif, plutôt extraverti. L' envie lui prit de nous parler de ses concours de danse et la malheureuse osa dire qu' elle n' était pas émotive, elle !...Giorgio se sentit directement visé. En pleine salle de restaurant, il voulut gifler cette "jeunette", cette "merdeuse" qui s' affirmait trop. Je pris la défense de ma fille, bien sûr, mais quel esclandre, quelle honte ! Tous les clients nous regardaient... J' entraînai la pauvrette à l' extérieur. Elle était pâle et n' avait pas très bien compris la situation. Tant d' exagération pour si peu de choses!
Nous fîmes quelques pas dans la rue du Temple, histoire de nous calmer. Nous pressentions le pire...Giorgio et Titi avaient eux-aussi quitté le resto, derrière nous, et maintenant ils étaient à notre recherche. Ils nous traquaient comme des fous. On entendait l' Audi rouler à tout' berzingue dans les ruelles étroites. Fallait-il nous montrer, affronter l' hystérie de ce type excédé ? On n' osait plus...Et puis, le malaise de Titi nous ressaisit. Il devait être bien meurtri après ces excès... Courageusement, nous nous sommes décidées à arpenter le grand boulevard de la ville. Giorgio nous vit aussitôt, s' arrêta à notre hauteur. Son fils nous fit signe de monter. Je lisais dans ses yeux une telle supplique...L' Audi repartit avec ses quatre occupants.
Il nous restait une vingtaine de kilomètres à parcourir jusqu' à Cognin, là où nous habitions. Les premières gênes passées, Gladys reprit son bavardage, ses mots couverts, ses gloussements de gamine, quoi ! Elle se trouvait derrière moi.Tout à coup, la voiture fit une embardée et pila net. Je ne sais par quelle gymnastique, Giorgio se jeta sur elle...Titi enserra son père de toute la force de ses jeunes bras. Lui seul savait ce qu' il pouvait faire...et il le fit ! La tête de Gladys heurta violemment la vitre de la portière. Elle hurla de peur, de douleur...Mon sang ne fit qu' un tour. Je lui criai..." Sors, Glad, sauve-toi !..." Du même coup, j' arrachai la clef de contact...Après tout, c' était MA voiture !!
Je rejoignis ma fille à toutes jambes, le long de la nationale. Elle avait réussi à s' échapper des mains de ce "macho", de cette brute, mais dans quel état elle se trouvait...Elle sanglotait et bégayait sans cesse..." Ma-man...ap-pelle papa, ap-pelle papa..." J' ai craqué. Je me suis écroulée sur le bord du trottoir. Des tremblements sporadiques m' empêchaient d' avoir une pensée claire. Nous sommes restées toutes les deux, assises par terre, dans la nuit noire, je ne sais combien de temps. Exhalaison de tristesse, d' écoeurement... Joli retour de vacances ! J' enlaçais ma puce, l' embrassai, la réconfortai . Elle et moi contre le monde entier, c' était un peu ça.
Il fallait pourtant récupérer l' Audi, coûte que coûte. Nous l' avions bien retrouvée à l' endroit où nous l' avions abandonnée. Mais, personne... Je pris le volant, la tête lourde. Le long du lac, dans le halo des phares...un garçon...Titi !! Il marchait, ébêté. Où allait-il ? Que voulait-il faire ? Il avait laissé son père vociférer aux quatre vents...Il accepta de nous rejoindre. Il n' avait rien vu venir, lui non plus...Le retour fut silencieux.
Quand j' ouvris plus tard la porte de mon appartement, Giorgio était là, calme, "repris", complètement repenti. Je n' ai jamais su comment il avait réussi à rentrer avant nous. Il n' en menait pas large...Il s' excusa. C' était la faute à la fatigue, au voyage trop long...La prochaine fois, il s' arrêterait davantage...
(Il n' y eut plus jamais de "prochaine fois"...Cet homme m' a harcelée longtemps mais je réussis à le quitter et à l' oublier. Aujourd' hui, Gladys a trente et un ans. C' est une mère attentive, dynamique, sensible, et nos connivences de femmes ne cessent de grandir. Il lui arrive de croiser Titi dans les rues d' Aix. Elle prend encore beaucoup de plaisir à parler avec ce grand et beau gaillard...Quant à moi, je n' ai jamais hésité à faire apparaître sur le panneau d' affichage de mon école, le numéro vert de ...S.O.S femmes battues. Je leur devais bien ça, à ces pauvres infortunées !)
Publié par little stella à 07:26:14 dans rencontre | Commentaires (13) | Permaliens
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