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Lettres de coeur

depuis Mogador

Vie d'château ... | 11 janvier 2006

             Lucien... lui... se réfugiait dans le passé ...

...quand il n'était pas en cours . Mon fils avait choisi son camp. Pour combler les absences de son père qui courait sur les routes de France et d' Europe, il passa son adolescence à Challes-les-Eaux, chez ses grands-parents hôteliers , propriétaires du Château de Triviers ...

Un château de conte de fée, avec sa tour, ses grandes cheminées, ses sapins centenaires, son étang et ses allées romanesques . En juillet, un long cortège de yuccas blancs attendaient les nombreux clients .

 Lucien découvrit la restauration et tous ses raffinements . Noces et banquets lui apportaient l'agitation qu'il recherchait dans sa jeunesse .

Il en voyait des voiles de mariée et des chapeaux fleuris... Il en entendait des " Etoiles des neiges"...et des "Valses de l' Empereur"... Il en allumait des chandeliers... Il en portait des plateaux... Il aidait comme il pouvait ! 

" Travail " et "Client Roi", c'était la devise de la famille .

 Drôle de vie d'château, mais Luc aimait ça . Le patrimoine de son grand-père n'avait plus de secrets pour lui . Meubles et tableaux, argenteries et porcelaines, registres et parchemins, il dénichait tout dans les vieux greniers . Mon fils devint un expert en herbe et garda depuis "le sens des affaires" .

Je passais au Château, de temps à autre, pour l'embrasser, mais je n'aimais pas revoir le salon, où, quinze ans plus tôt, deux jeunes de vingt ans avaient ouvert le bal ...

C'était Jean-Claude...et c'était moi ...heureux à cette heure ...

Le temps avait passé et la valse était bien finie .

                                      ( à suivre )

                               Solange Arcamone 

Publié par little stella à 14:38:39 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Dure réalité ... | 11 janvier 2006

( Peinture de Philippe Halaburda...Soleil noir )

              Septembre sonna...Enfin !

Une nouvelle classe, d'autres obligations dans l'exercice d'une direction d'école plus importante à Cognin, tout près de Chambéry .

La lumière ambiante se purifiait, changeait, et la montagne savoyarde aussi . Elle se maquillait en vert, en jaune, en brun, en mauve, en rouge... Ardente symphonie, derniers feux d'une nature opulente. Dans les campagnes et sur les côteaux, de la Chautagne aux flancs du Granier, les vignerons s'attelaient à couper, transporter, presser les raisins des précieuses vendanges. Au labeur des hommes succéderait bientôt l'ivresse des tables de fête. La terre allait rendre son dernier expir avant le grand repos hivernal .

Cette quiétude pastorale ne s'accordait pas vraiment avec mes difficultés du moment .

Gladys rentrait de plus en plus tard au "terrier", y restait de moins en moins...la pauvre !...

Elle voyait sa mère, froide, acariâtre, sans ardeur, automate dans ses gestes . Je ne suivais plus sa scolarité et m'étais à peine aperçue qu'elle fréquentait déjà le collège . Elle n'avait qu'un bureau et ne recevait aucune amie dans "sa chambre" .

Un soir, elle me dit qu'elle voulait retourner chez son père. Le choc ! Même si je la comprenais... Je mis toute mon énergie à la faire changer d'avis :  "Non, tu vivras avec lui quand il sera remarié ! " Elle ne saisissait pas, moi non plus . Pourquoi cet égoïsme ?

 Je voulais la retenir, c'était évident, mon garde-fou ( ou plutôt mon garde-folle )...c'était elle ! Pour la "récupérer", je sortais l'album-photos familial, retrouvais les images du bonheur passé . Ses lettres de colo, ses dessins ou ses petits mots d'enfant. Je lui arrachais des rires, lui promettant un nouveau cours de danse ou le dernier blouson à la mode . Je m'engageais, en somme, à tout faire pour aller mieux, à tout faire pour l'aimer davantage . On pleurait ensemble...Je venais de rencontrer ma première compagne de guerre .

J ' endossai une énorme culpabilité . Au fil des jours, Gladys s'inventait un avenir meilleur que le mien : elle rêvait de devenir une star ! Elle l'avait avoué dans son cahier de textes ...

              " Chaque jour pour moi est un ensemble de déceptions.

               Hier et demain se ressemblent étrangement mais ...

               un jour, je le jure, je serai un spectacle pour les autres . "

Un mois après, son papa se remariait... avec "la polonaise" bien sûr ... Il portait à son doigt une nouvelle alliance. J'avais beau dire, j'avais beau faire, cette alliance-là me faisait détourner les yeux . 

                                 ( à suivre )

                                Solange Arcamone

                             

                                    

Publié par little stella à 12:36:30 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Chimères | 10 janvier 2006

                                   Ah! ... cet été 87 ...

         Le mois d'août touchait à sa fin, ce sale mois d'août...

Les jours diminuaient sensiblement. Pierre me manquait terriblement. Trop de fausses occupations, trop de pensées vagabondes, trop d'absences obscènes.

Il aurait pu me téléphoner, passer me voir... Je reçus seulement une carte . C'était un poème de Victor Hugo ...

                       " Ma voix s'élève aux cieux comme la tienne

                        abîme ! Mer, je rêve avec toi ! Monts je

                        prie avec vous ! La nature est l'encens,

                        pur, éternel, sublime : Moi, je suis

                        l'encensoir intelligent et doux . "

Les derniers mots précisaient :

        " J 'espère que ces vacances t' auront apporté force

          pour la nouvelle année scolaire.

          Je t'embrasse très affectueusement - Pierre "

Quelle tiédeur, quelle désillusion, quelle nullité ! De l'amitié , sans plus ... Tous ces jours à l'attendre pour rien, toutes ces envies refoulées, tous ces rêves cassés... J'aurais dû me détacher de cet Arsouille, sortir, faire d'autres rencontres  ! Je n'y arrivais pas . Lina, en bonne instit', fortifia ma raison ...

                  " So... ne te frotte pas à ce qui te fait trop mal... Allez, allez, petite Sosso, on continue à s'entraîner...et telles les "pros" du sport (quel sport ! ) on sera un jour sur le podium du bonheur ! Hum ... comme ce sera bon ! Je t'embrasse très fort . Ta Lina "

Podium du bonheur, je n'en étais même pas à la première marche ! Pierre  se complaisait dans l'éloignement et moi, je faisais tout pour me rapprocher de lui .

J'avais besoin de le "sentir"...Alors, je me dirigeais sur Annecy, sa ville. Je flanais dans les rues qu'il connaissait, je respirais l'air qu'il respirait.De détour en détour, les agréments de la cité médiévale, si pittoresque, me captivaient immanquablement . Tout m'enchantait ... Les ruelles étroites qui serpentaient autour du château, le pont de l' Isle sur le canal, les réverbères, les cygnes graciles, légers, même sous le pinceau des aquarellistes...

Cette " Venise savoyarde" grouillait de vie sous le Mont Veyrier .

Aux fenêtres, pétunias, lierres et géraniums explosaient de couleurs et participaient à la féerie estivale . Les gargotes bruyantes sentaient bon les diots et la tartiflette. Nous aurions été si heureux ici ... Ce bonheur, tout simple, je n'y avais pas droit . Je dérivais entre les prom'neurs, absente, pensive ...Mes pas m'amenaient toujours au bord du lac, vers les jardins verdoyants, les bancs de bois posés sous les grands saules pleureurs . Invariablement, " La Libellule " s'apprêtait à prendre le large ... La croisière embarquait des couples enlacés, des familles unies, des visages paisibles . J'imaginais les repas raffinés et les photophores vacillant sous les paroles de leurs convives ... 

 Sur le chemin du retour, pour chasser la mélancolie, je m'arrêtais souvent chez Marianne. Elle s'était inventé un autre univers. Elle s'exerçait à la pâtisserie, son nouveau don . Ma chère Marianne...pour rien au monde, j'aurais râté tes tartes Tatin ...  

 Elles me nourrissaient comme l' amour d'une mère !

                                  ( à suivre )

                                   Solange Arcamone

Publié par little stella à 18:42:47 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Les choses de la vie | 10 janvier 2006

( Les copines d'Alfredo Lopez)

                      Marianne...

Elle avait ses problèmes.

Je l'avais rencontrée quelques mois avant, dans un restaurant aixois bien en vogue : " Le Baladin" , où elle dînait avec Sabine et où j'avais le même soir moi aussi, convié Lina.

La salle était si exigüe que nos tables se touchaient presque . Les réflexions des unes étonnaient les autres dans un premier temps. Puis, entendre deux femmes inconnues parler "des mecs" et en rire jusqu'à s'étouffer...franchement ça m'avait fait un bien fou .

" Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es"...( vous connaissez...)eh bien, ces deux-là, on ne les fréquentait pas encore mais on savait déjà qui elles étaient ! Tant et si bien que deux heures après, notre connivence dérangea tout le monde: jeux de mots, éclats de rire à s'en faire mal au ventre...larmes et reniflements... que du bon temps entre "nanas" ! 

Le "quatuor" était né autour d'une fondue à l'emmenthal et de quelques profiteroles au chocolat.Il allait en vivre des variétés dans sa cuisante unité !

 Marianne donc, au retour de Tunisie, passa trois jours à débusquer la dépouille de son chien. Elle la trouva, sur la route de Sonnaz, entre Chambéry et Aix-les-Bains, à la lisière d'un champ de maïs, méconnaissable ...Gandy ayant échappé à la "surveillance de Jany" s'était fait écraser par un chauffard, sans doute. Il n'en restait rien, qu'un fin collier de cuir et une médaille à son nom . Marianne recueillit pieusement les reliques.

Une peine de plus pour elle qui en avait déjà tant ! Son mari faisait des siennes. Il entretenait une autre femme depuis cinq ans. Vie fichue, divorce en cours, disputes permanentes dans le couple . Maison en vente, enfants pénibles, adolescents déchirés.

Trompée, bafouée, sans métier, un soir de doutes, Marianne craqua . Elle avala tous ses somnifères .Sa fille la sauva in extremis. C'est à l'hôpital que je la revis, entubée, muette, le regard fixe, les joues mouillées ... Je la ramenai chez elle un peu plus tard, plus jamais elle ne recommença .

Sa santé revint peu à peu dans le jardin de sa gentilhommière. Bêcher, semer, planter, arracher, ratisser, récolter...la terre l'accaparait, la régénérait, lui insufflait les bonnes énergies .

Les graines semées au printemps firent des miracles aux temps chauds . Le potager n'avait jamais été aussi productif !

Salades, haricots verts, courgettes, aubergines, tomates, poivrons, persil, ail, oignons, "les filles" repartaient les paniers pleins et se régalaient par la suite à la même marmite de ratatouille !

Maigre consolation cependant ... Un jour la maison de Marianne fut belle et bien vendue. Adieu fruits, fleurs, légumes !

Notre malheureuse dut chercher un nouveau logis. Elle finit par dénicher un petit appartement à Chambéry, en plein centre ville, place de l'horloge .

Elle laissait les prés pour l'asphalte...

" A coeurs vaillants rien d' impossible !" Nos bras et nos voitures l'aidèrent à déménager et à emménager .

Toutes en mal d'amour, nous avions chacune nos déboires mais nous étions liées comme les doigts de la main.

                            ( à suivre )

                                        Solange Arcamone

Publié par little stella à 00:20:52 dans Arsouille ! | Commentaires (0) |

Le temps des frustrations | 09 janvier 2006

Le lendemain...Pierre s'éclipsa . Tant d'occupations l'attendaient !

Directeur d'un centre médico-pédagogique et responsable d'une maison de vacances en Vendée, il abusait outrageusement de ses alibis . Peu clair sur la gestion de son temps, il me laissa sans nouvelles le restant de l'été .  Les jours passaient, s'alourdissaient. Interminables soirées en solitaire, "traquage" permanent du téléphone et toujours ce silence inacceptable !

Que faisait mon "bien-aimé" dans ses heures libres ?

Je l'imaginais souvent à Paris . La capitale le fascinait... Il me l'avait bien fait comprendre au mois d'avril ... 

            " Un p'tit bonjour de Paris où des journées d'étude m'ont amené une nouvelle fois . Toujours aussi dingue d'ici ! Je me glisse dans les rues, les quartiers, la vie de Paris ...

                                   Tendrement  -  Pierre "

Effectivement, Paris de tous les possibles pour cet oiseau de passage ! Le Paris de Paul Eluard, le Paris des poètes...En était-il un ?

Dans mon attente, j'avais besoin d'entendre sa voix, son souffle, mais je ne l'appelais pas . La peur de me montrer "collante" me bâillonnait. Parfois, une curiosité malsaine me tenaillait, celle de vérifier s'il était chez lui .

Alors Lina ne refusait jamais de me rendre service. Entre filles, on s'aidait ... Elle composait le numéro de téléphone de Pierre... S'il répondait, elle prenait une voix enjôleuse et tentait vainement de l'intéresser aux ...cuisines Mobalpa ou ... Vogica...selon son inspiration . Parfois, elle démarrait une enquête sur la qualité de l'air...comptant bien sur l'exaspération de son interlocuteur ! Elle savait conclure rapidement !

Son audace et ses talents de comédienne en avaient dupé plus d'un ! Au bord du fou-rire, je me mordais les lèvres mais j'étais furieuse.

S'il ne répondait pas, c'est donc qu'il était absent. J'attendais alors les cinq sonneries habituelles et j'écoutais inlassablement son "annonce personnalisée". La dernière ne manquait pas d'à propos...

  " Je viens d'acheter un four à micro-ondes ! J'aurai plus de temps pour vous...Parlez-moi ...attention... c'est à vous ! "

Il me provoquait ce farfelu, ce comédien, ce facétieux bouffon ! Plus de temps pour les autres, oui, mais pas pour moi !

Heureusement "les filles " étaient là . Sabine, Marianne et Lina, mes trois anges gardiens . On vivait sagement. On tuait le temps des (trop longues) vacances comme on pouvait. Pique-niques à la plage du Bourget du lac, anniversaires des enfants, invitations chez les unes, chez les autres, randonnées à vélo, concours de clafoutis aussi, histoire de se passer le cafard .

Temps bien rempli mais ...coeurs ...si ...lourds .

                                        ( à suivre )

                                    Solange Arcamone

Publié par little stella à 19:01:48 dans Arsouille ! | Commentaires (2) |

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