(Un fétichisme de plus pour ceux qui s' ennuieraient à lire la suite...tiré de www.blogtdgas.com)
C’était pas le fauteuil de Bokassa mais bon, il roulait sûr dans le long corridor de la clinique, poussé par une jeune infirmière au foulard bleu clair. Même ici, les femmes marocaines et quelle que soit leur fonction, respectaient scrupuleusement leur religion.
C’est la jambe en l’air et en accent circonflexe que je pénétrai dans le bureau d’un médecin-chef. Première fois de ma vie que je me trouvais en situation si peu respectueuse d’une haute compétence médicale !
Il m’aida à me relever, me coucha précautionneusement sur un lit (ça c’était bien agréable…) et d’un doigté irremplaçable, me palpa la zone douloureuse.
Ses mains fines et blanches attouchaient, pressaient, recherchaient avec minutie l’impact de choc sur toute la surface de mon pied. Elles s’arrêtèrent infailliblement là où mes cris leur rappelèrent qu’elles étaient arrivées à l’ endroit le plus sensible.
« On va vous faire des radios…me dit-il… pour moi c’est une méchante entorse avec arrachement de ligaments…mais bon, on va vérifier. »
Retour sur le fauteuil et promenade à travers les étages de la clinique pour atteindre la pièce technique.
Dans l’obscurité ambiante, un long bras robotique prit deux clichés de mon pied.
Le diagnostic était imminent. J’allais enfin savoir.
Un bon croquis valant mieux qu’un long discours (ce n’est pas de moi mais de Napoléon Bonaparte…) j’essayais péniblement de lire sur l’écran lumineux ces masses grisâtres et fantomatiques…Je ne décelais rien, qu’un faible dégoût de mon squelette dans la tombe !!!
Le médecin m’aida à y voir plus clair : « c’est bien ça, vous avez une entorse mais attendons l’avis du traumatologue. »
Traumatologue ou cardiologue ? J’ savais plus.
Au bout de quelques minutes, le grand spécialiste arriva avec tout son aréopage.
On recommença à m’articuler le pied, à me le désarticuler, à le basculer à droite, à gauche, et à me faire hurler.
Puis, cinglant comme une gifle bien envoyée, le verdict tomba :
« C’est une fracture ! En principe cet os situé sur le côté du tarse ne se brise jamais…(c’était bien ma veine !)
On va résiner pour 6 semaines et on vous hospitalise 48 H. Des questions ?
- Heu… non… Enfin si…c’est grave docteur ? »
Je me souvenais d’un proverbe chinois qui disait que celui qui ne posait aucune question, resterait bête toute sa vie.
Mais mon grand spécialiste avait déjà tourné les talons et moi je restais bien dans ma bêtise. Et il me fallait croire ce thaumaturge sur paroles car il n’avait même pas pris la peine d’ examiner mes radiographies !
A partir de ce moment, une logistique implacable s’abattit sur moi.
Installation en chambre, déshabillage, piqûre d’anticoagulant, mise sous perfusion dare-dare et prises de tension régulières.
Puis un paquet de bandelettes bleues arriva (décidément tous les accessoires étaient bleus ici !) et se vida sur mon pied. La résine mouillée et habilement entourée autour de ma jambe m’immobilisa d’une manière irréversible.
La bouteille d’anti-inflammatoires fit suite au sac de glucose et vice-versa. Mais le goutte à goutte marchait mal, ma jambe chauffait et… ma tête aussi.
« On doit être une œuvre d’art ou porter une œuvre d’art » écrivait Oscar Wilde dans ses Phrases et Philosophies.
Mon œuvre d’art à moi mesurait 51 cm de long, tirait sur le bleu des mers du sud mais restait rigide, lourde, inodore et insipide…beeerk …drôle de nuit orientale !
(à suivre...)
Publié par little stella à 11:01:40 dans Radio médina | Commentaires (8) | Permaliens
En ce 18 octobre au soir et sans même avoir forcé sur l’alcool de figue, je m’étalai de tout mon long à vingt mètres de mon domicile.
La face dans le sable et la caillasse d’une rue laissée à l’abandon- comme on en trouve si souvent encore à Essaouira- je me relevai honteuse de cette chute, les genoux douloureux, le nez et le menton rabottés, la cheville droite bien mal en point.
La compassion d’un automobiliste ne me fit même pas accepter son aide. Je rentrai chez moi en claudiquant lamentablement.
L’eau glacée et l’antidouleur avalés sans conviction ne firent aucun miracle. J’étais bel et bien handicapée !
Nuit pénible bien évidemment qui au petit matin me donnait des airs ahuris et me restituait la vérité toute crue : il fallait d’urgence me précipiter dans un grand centre de soins conventionné si possible.
Pas folle la guêpe qui ne pouvait plus voler mais qui monta dans le premier bus en partance pour Marrakech aux premières heures de la matinée.
Ma mutuelle m’orientait en fait sur une clinique de…cardiologie !
Diable, pourquoi pas ?
Avant de devenir cardiologue, un médecin ne s’est-il pas entraîné dans sa formation à soigner tous les maux, tous les bobos, tous les malaises ?
Confiante, j’entrai dans le service des urgences, au bras d’un charmant et jeune taximan qui me tenait fort par la main, portait avec bienveillance mon sac préparé la veille à la va-vite, me laissait bravement ses coordonnées pour une course-retour à la gare routière déjà bien assurée.
Salle d’accueil conviviale, réceptionniste affable qui s’empressa de me demander la raison de mon arrivée ainsi que mon incontournable carte vitale.
Je n’avais pas encore remarqué que l’on me dévisageait, moi l’unique européenne blondasse et fragilisée, désormais semblable à toutes ces femmes marocaines anonymes sous leur foulard bien épinglé, à tous ces hommes hagards ou mal ficelés, qui tout comme moi, restaient dans l’attente fiévreuse d’une prise en charge rapide et compétente.
Confortablement assise malgré ma douleur persistante au pied, j’eus le temps de m’informer sur la multiplicité des space maker existants à ce jour.
Près du bureau de réception, un immense poster étalait en effet les dernières performances technologiques en la matière. Et allez donc savoir pourquoi, je me sentis soudainement heureuse de me retrouver dans une clinique à la pointe du progrès !
Stimulateurs, piles, valves, défibrillateurs, sondes, câbles à électrons, je découvrais en quelques minutes l’univers palpitant des cardiaques. Certaines explications étaient même en français…
« Pour que le cœur pompe efficacement le sang, les milliers de cellules des oreillettes et des ventricules doivent se contracter simultanément. Cette étonnante coordination est déclenchée par une impulsion électrique. (Le cœur a donc son circuit électrique ? pas possible…)
Le chef d’orchestre est le nœud sinusal, situé dans l’oreillette droite ! (ah …moi mon problème se situe dans le pied droit mais bon continuons…)
L’ activité électrique du cœur peut être enregistrée par l’ électrocardiogramme ou ECG qui montre si l’ activité électrique du cœur (celui qui a écrit ça n’ était pas gêné par les répétitions …) est synchronisée. Cet examen est capital pour le diagnostic du type d’arythmie. »
Arythmie, arythmie…on m’en donnait une belle d’arythmie !!!!
Je ne savais plus comment positionner mon pied blessé tant il me faisait mal. Et j’allais déployer une belle théorie d’agressivité quand je vis arriver lentement devant moi et rien que pour moi, un clinquant fauteuil… roulant !
( à suivre...)
Publié par little stella à 14:57:47 dans Radio médina | Commentaires (6) | Permaliens

A vous, qui voulez voir le monde autrement, qui vous adonnez à la culture du voyage,
je vous invite à rejoindre
IDEOZ, le nouveau site de Sandrine Monllor,
né il y a seulement quelques semaines après l' expérience collective d' Esprits Libres.
Chroniques nomades, voyages imaginaires et créatifs, lectures pour comprendre, cuisines et boissons du monde, tranches de vie, traditions, folklore, écotourisme...oui, l' évasion vous séduira.
Alors à très vite sur IDEOZ tout l' Univers du Voyage
où d'ailleurs tous vos commentaires seront les bienvenus !
D' avance...
Publié par little stella à 00:19:22 dans Découverte | Commentaires (0) | Permaliens
Je fais ce retour de courtoisie, pour remercier les fidèles lecteurs qui viennent encore sur ce blog pourtant arrêté. J' en suis étonnée bien sûr mais ravie !
Etonnée, parce que ce blog est en pause depuis 9 mois maintenant.
Ravie, parce que je vois au compteur entre 800 et 1600 visiteurs par jour !
C' est dire combien ces lettres écrites de Mogador ou d' ailleurs retiennent encore votre attention.
C' est dire combien du fond de la blogosphère, elles continuent à irradier un peu de leur présence.
Pour tout cela, je veux porter témoignage aujourd' hui, de ma profonde émotion ainsi que de ma sincère reconnaissance.
Alors pourquoi cette mise de côté de mon blog ?
Parce que dans un premier temps, je pensais en avoir fait le tour et le détour, à travers la conception, l' accouchement et l' accompagnement.
Dans un deuxième temps, parce que j' ai voulu relever un nouveau défi d' écriture.
J' ai en effet été sollicitée par Sandrine Monllor, la rédactrice en chef du magazine de société et d' information « Esprits Libres » où j' essaie de tenir ma place.
Or vous savez que je ne suis pas journaliste, mais restant très réactive à mon environnement, je pense avoir quand même de temps à autre, des choses à dire ou à faire ressentir, comme toute citoyenne concernée par ce qui se passe dans la cité ou dans le monde.
Je vis cette nouvelle orientation comme un entraînement extraordinaire au réveil de la curiosité, à la communication , à la collaboration avec d' autres auteurs, à l' échange tout azimut.
C' est une expérience humaine à part entière, à travers la mise en commun d' efforts et d' audaces qui conjuguées ensemble, donnent à ce magazine la qualité et l' interactivité souhaitées.
Vous le trouverez en lien dans mon blogroll bien évidemment mais vous pouvez aussi aller sur
http://www.forumdesforums.com
Alors bonne découverte et encore merci du fond du cœur à ceux qui viennent une nouvelle fois de lire ces quelques lignes dominicales.
Bises à tous !
EN CADEAU ...
Une des nouvelles créations de Cendrine ROVINI : "Oliskobolice V"
(elle ne finira jamais de nous étonner !)
Publié par little stella à 12:55:08 dans Blog-aventure | Commentaires (0) | Permaliens
Avant de les écrire, flairer leur sillon, découvrir leur veine,
les rapprocher d'une idée.
C' est un travail de méditation.
Créer surtout la vacuité mentale nécessaire pour qu' ils puissent apparaître.
Puis, une fois sortis de l' ombre, leur donner un son, une aura, les incarner en lettres.
Vient alors le travail de l' artisan.
Les observer, les retourner, les peser, les comparer, les assembler, examiner leur surcharge ou leur insignifiance, arriver au « bon mot ».
A ce stade souvent, peut surgir le doute...car on sait qu' entre deux mots, il faudra choisir le moindre ! Pas de mot en trop ni de mot de travers, surtout pas.
Alors on taille, on cisèle, on creuse le sens encore plus loin mais au plus près de l' idée. Ami-dictionnaire toujours à portée de main bien sûr.
Soudain, un grand risque ; celui de changer le sens des mots, en jouant sur leur musique, en y ajoutant une idée nouvelle, sous-jacente , qui va au final détourner la première, ou mieux, faire résonner les deux en même temps. La jouissance n' est pas loin , on torpille, on surf à contresens, on touche le contre-ut !
Pauvre lecteur s' il n' adhère pas au concert...On pense à lui, souvent on calme le jeu.
L' essentiel étant de sortir chaque mot de son ventre et des fois, oui, ça fait mal.
Mais quand il est né, le divin-mot, imaginez la contemplation, l' amour qu' on lui porte .
Jouez hautbois, résonnez musettes...oui, c' est la joie!
« Le mot est un être vivant » disait Hugo. Et pour cause, il vibre, il respire, il rit, il pleure, il crie, il apaise, il encourage, il tue parfois aussi.
Rarement, il parle pour ne rien dire car dans l' ensemble, il assume bien son pouvoir.
Léger, tremblant, ailé, modulé, il déploie des forces insoupçonnées, engendre des pensées, galvanise les foules, conduit les révolutions...
Grand magicien, passant de l' âme, il nous ouvre les portes de la Connaissance. Les choses, le monde, soi...
Le mot de la fin, lui, est un grand seigneur. Il pose la dernière touche, allume le bâton d' encens. Il fait son chemin...
Mes derniers mots à moi, sur cette aventure de blog, à la manière de Shakespeare...
Polonius : Que lisez-vous Monseigneur ?
Hamlet : Des mots, des mots, des mots.
Ils vous retiennent depuis plus de 24 mois, merci !
Publié par little stella à 03:03:08 dans Blog-aventure | Commentaires (28) | Permaliens
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