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Rien que des têtes cachées sous des foulards colorés...
des regards attentifs. L' entrée dans l' atelier nous intimida toutes les quatre.
Elles étaient là, les quarante élèves du cours de français ouvert bénévolement par Jacqueline, Brigitte et Josiane, dans la nouvelle ville d' Essaouira.
Embrassades, remerciements, gratitude mille fois exprimés, renouvelés. La gêne devenait palpable...
Tout avait été préparé avec tellement de minutie : les nappes brodées, les verres dorés, les beignets, les crêpes, les cakes et le magnifique gâteau-souvenir qui trônait dans sa crème pâtissière et sous ses copeaux de chocolat.
Je dois avouer que nous appréhendions un peu ce débordement de sucreries. Et pourtant, il a fallu faire honneur à tout ! Gavage inévitable mais... place à la fête !
Le thé fumant coulait à flots et les plateaux circulaient entre les tables. La température ambiante montait au rythme régulier d' une tarbouka. Les pieds frappaient la cadence, des femmes lançaient leur you-you à s' étrangler. Puis, les corps se lâchèrent...
Des hanches se balançaient, des fesses tressaillaient sous les djellabas, des mains dessinaient en l' air de savantes arabesques.
La danse enfiévrait ces musulmanes, la danse oeuvrait à la libération de ces femmes-enfants mariées très jeunes pour la plupart et déjà mères au foyer.
Analphabètes, bachelières, étudiantes, modélistes, brodeuses, couturières, employées de maison...avaient-elles assez ri, s' étaient-elles assez amusées avant de porter l' alliance ? Elles faisaient peine et en même temps plaisir à voir.
Quatre heures durant, c' est à dire tout un après-midi, elles avaient oublié le joug de leur famille, de leur mari, pour n' exister que par elles et pour elles, le temps d' un hommage, le temps d' un au revoir à leurs enseignantes.
Jacqueline, Brigitte et Josiane croulaient sous les cadeaux de reconnaissance : bijoux, babouches, écharpes, tableaux, petits coffrets de bois...L' émotion perlait aux yeux de tous.
Un avion pour la France devait les emporter quelques heures plus tard mais en attendant elles donnaient encore d' elles-mêmes et de leur tendresse.
Elles laisseraient un album-photos rempli d' instants précieux, de visages heureux et souriants.
Les dédicaces qu' elles signaient dans les cahiers en disaient long sur les liens d' affection qui s' étaient tissés au sein de cet atelier, en deux mois de travail. Un atelier qui avait d' ailleurs obtenu onze ans plus tôt, le premier micro-crédit du monde arabo-africain, mille dhirams ou cent euros !
Moi j' étais la quatrième relève...Un bref moment de doute m' envahit mais l' enthousiasme reprit le dessus.
La fête s' égrena dans la rue, avec des « bon voyage » qui n' en finissaient plus. La nuit tombait.
Je venais de vivre une communion d' âmes.
Solange Arcamone
Publié par little stella à 01:58:57 dans Radio médina | Commentaires (2) | Permaliens
10-12-2007 17:39
De little stella
Sujet:
C' est un vrai plaisir... Url: [Liens]
10-12-2007 16:39
De double je Sujet:
...
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