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Lettres de coeur

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Vivre au bled | 12 février 2007

                    

                         J' ai passé un dimanche à la campagne...
Dans cette campagne époustouflante de beauté, à une centaine de kilomètres de Safi.
La route s' allongeait entre les terres ocres et fertiles, dans la douce chaleur d' un printemps lumineux.
Les forêts d' arganiers et d' oliviers se disputaient le paysage. Collines verdoyantes, premiers labours...Les champs de blé dardaient leurs épis encore fragiles ; les dernières pluies avaient accéléré leur croissance.
Il n' était pas rare de croiser des agriculteurs à dos d' âne, revenus d' un souk proche où ils avaient pu vendre quelques productions locales.
Puis le bitume céda la place à un sentier de muletier. On entrait au cœur des traditions villageoises.
Bâtisses de pierres, rectangulaires, sommaires, au toit invisible. Je pensais qu' elles avaient été abandonnées.
Mais non, la vie en autarcie existait bel et bien derrière ces semi-forteresses.
Très souvent, un réduit-écurie, un silo à grains, une resserre pour les fruits et légumes et un poulailler mal défini qui laissait les volatiles libres de vaquer n' importe où.
Nos hôtes nous attendaient dans la cour principale de leur habitation. Touchante rencontre avec de vrais autochtones, sous l' arôme du basilic sauvage.
Je remarquai d' emblée l' emplacement du puits, non loin de la pièce centrale où coussins et tapis allaient nous inviter à une belle convivialité.
Quatre personnes vivaient ici : les parents et leur fils de quarante ans nouvellement remarié mais qui paraissait beaucoup plus vieux.
La jeune épouse, elle, d' une vingtaine d' années, attendait son premier enfant.
Ses grands yeux bruns lançaient je ne sais quoi de pathétique. J' appris son histoire.
Scolarité précaire qui l' avait maintenue longtemps sous le joug d' un père très autoritaire. Une seule fuite possible : le mariage !
Elle reçut la visite des femmes de la future belle famille...
Oui, elle était sérieuse, jolie et elle convenait bien ; les accords furent conclus, les noces dansées.
Une seule ombre au tableau : Fatma s' était mariée sans amour, à un homme un peu rustre,  maraîcher mais aussi berger, de vingt ans son aîné.
C' était donc ça que j' avais lu au fond de ses yeux. Une tristesse...comme un regret profond, face à ces européennes qu' elle rencontrait aujourd' hui, libres de leurs faits et gestes, cheveux au vent et sourires convenus.
La brue parlait peu à sa belle mère. Elle n' aidait ni au ménage, ni à la lessive, ni à la cuisine.
Son caractère avait même changé...la grossesse en était certainement la cause.
En fait, sa vie au bled l' effrayait . Elle allait connaître toute la lourdeur de la pression familiale, de l' ennui, des non-dits, des journées interminables, des nuits sans joie, autant dire la prison sans barreaux. Son mari s' épuisait aux champs et elle, entre ses murs.
Ce n' était pas vraiment ce qu' elle avait souhaité.
Son rêve ?
Faire la pute aux portes du désert avec des touristes qui seraient toujours plus friqués qu' elle.

 

Publié par little stella à 13:00:55 dans Radio médina | Commentaires (2) |

11-02-2007  21:34  11-02-2007 21:34
Oui Frenchie...  De  Little stella  Sujet:  Oui Frenchie... Url: [Liens]
La photo représente vraiment ce qu' on peut voir parfois du bord de la route: des chèvres issées au sommet des arganiers, ce qui régale les touristes bien sûr. Bonne soirée et bisous de So
11-02-2007  13:22  11-02-2007 13:22
Bonjour So,  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  Bonjour So, Url: [Liens]
Une photo géniale et une histoire jolie mais touchante, surtout... Bise.

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