<< Le blues du célibataire | Humain, humain, humain... | Quand les végétaux s' y mettent... >>
J' sais pas comment appeler cet homme.
Maître ? non, il n' aimerait pas. Professeur ? non plus, trop académique, trop distant.
Je ne lui donnerai donc pas de titre. Il a un prénom et au fond, ça suffit amplement.
Je connais Patrice depuis dix ans.
Je l' ai rencontré dans un journal gratuit, « le 73 », à travers une annonce très simple mais qui comportait un mot majeur : âme.
Une annonce qui m' avait sauté aux yeux, comme si elle m' attendait depuis longtemps.
Ma vie à l' époque s' était un peu compliquée. Je vivais en union libre et je sentais bien que cette nouvelle voie me mènerait encore à une impasse.
J' étais en quête de sens. La respiration me manquait souvent...j' étouffais.
L' approche de la « psychosophie » allait m' ouvrir un ciel inconnu.
Travail en groupe, échanges cartes sur table, re-définition de mots galvaudés comme... amour, partage, équilibre, acceptation, conscience, énergie, responsabilité.
Pas de nouvelle religion, ni d' endoctrinement. Rien que de l' Humain au service de l' humain, dans une seule dimension temporelle : ici et maintenant.
Enthousiaste, je suivais régulièrement les cours, me sentant bien à ma place.
Je découvrais la symbolique des douze travaux d' Hercule, la substantifique moëlle de l' enseignement de Jésus, les maximes de Bouddha, les influences zodiacales, la citoyenneté écologique, et même quelques recettes de cuisine végétarienne dont Patrice et quelques adeptes raffolaient !
Cette nouvelle sphère était devenue ma nouvelle famille. Une secte ?
Non, détrompez-vous. La tolérance, comme la liberté de pensée et d' expression ajustaient toutes nos dialectiques.
On donnait plutôt dans le dépoussiérage des idées reçues et la remise à neuf de nos trois corps : physique, émotionnel et mental.
Patrice...un érudit ? Un philosophe ? Un être de lumière ?
Un vrai vivant, tout simplement, rempli d' humour, de simplicité, de discernement, de compassion, un ami qui avait rallumé pour moi quelques étoiles, insufflé dans ma bouche de noyée, une incroyable force vitale et qui m' avait laissé la conviction que nous étions tous, mais tous sans exception, des être utiles et nécessaires sur cette fichue terre. Reconnaissance éternelle...
Hier soir, je suis allée le retrouver à Chambéry, pour sa conférence du mois de novembre.
En entrant dans l' amphi, j' ai trouvé un enseignant vieilli, alourdi, un p'tit peu moins en forme que d' habitude mais brillant tout de même, dans son exposé bâti sur le thème de « la compétition ».
Auditeurs en transe comme toujours, éclats de rire, recueillement, méditation collective et applaudissements !
Puis, Patrice a repris la parole, mais sur un ton plus grave...
« Une année de travail va se terminer. Que d' agitation dans les prochains jours avec les préparatifs de Noël...
Souvenez que c' est le contraire ! Que dans l' énergie du Sagittaire, IL S' AGIT DE SE TAIRE !!... De retrouver le silence intérieur, de rester attentif aux idées qui vont s' incarner lentement, à vos idées qui prendront forme en 2007, selon les orientations de vie que vous aurez choisies.
En ce qui me concerne, je n' ai pas encore arrêté les nouveaux sujets d' étude. Pour ceux qui ne le savent pas, je rappelle que ma compagne est morte le 3 septembre...Elle me manque, c' est dur, même si on est reliés...Elle m' a beaucoup aidé dans mes recherches...Je vais donc poursuivre...seul...Merci d'être ici...J' avancerai avec vous... »
Sur ces mots, il s' est retourné, a sorti une photo de sa poche, l' a regardée longuement...
Moi, j' ignorais tout et je venais d' apprendre le drame, là, en deux secondes.
Personne ne s' est levé. Tous les regards se sont fixés sur un homme abandonné à son chagrin, la tête baissée, le cœur en berne...Le doigt de Dieu l' avait touché à son point le plus faible.
Magnifique hommage rendu à Jocelyne...devant nous et avec nous ! Les minutes pesaient cependant, dans la gêne...Alors, quelques strapontins ont commencé à claquer, plusieurs personnes ont quitté la salle. D' autres, plus résistantes, ont attendu Patrice...
Je suis sortie à mon tour, mais je n' ai pas repris ma voiture tout de suite.
Il m' a fallu marcher un peu, dans la nuit noire et sous la pluie, pour dissiper l' émotion...qui m' étranglait.
Je venais de voir un chêne s' effondrer.
Publié par little stella à 11:44:25 dans Impermanence | Commentaires (6) | Permaliens
25-11-2006 10:55
De little stella
Sujet:
Merci à tous... Url: [Liens]
23-11-2006 12:47
De ecrirecesthurler
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Gros bisous ma So Url: [Liens]
22-11-2006 20:45
De impolitis
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C'est un peu de Populus Url: [Liens]
22-11-2006 19:45
De Aubeclaire Sujet:
moment Url: [Liens]
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