Ma monture est toujours prête...génial !
Bon, je vois que vous avez tout compris...Et bien oui, j' ai décidé de reprendre une tranche de bon temps et de faire cette année, un pied de nez à la rentrée scolaire !!!
Ne m' en voulez pas... Vous m' attendrez j' espère ! Retour prévu dans deux semaines...
Gros bisous à tous !
( Ah oui ! J' allais oublier...Je vous laisse les clefs de ma galaxie. Entrez, installez-vous...Vous trouverez bien quelques bricoles à déguster, et puis, si vous vous embêtez trop, vous pouvez toujours me laisser un p'tit mot...ça m' ferait tellement plaisir ! A tout bientôt...)
Publié par little stella à 07:44:40 dans Instants donnés | Commentaires (7) | Permaliens
L' arrivée en France après deux mille kilomètres de route, allait être catastrophique.
Giorgio conduisait bien mais, un rien pouvait le mettre hors de lui. L' Audi avalait goulûment le macadam. Les limitations de vitesse n' étaient pas toujours respectées, ni la "dépose-toilettes", d' ailleurs. Je ne bronchais pas mais mon oeil ne quittait plus le compteur de vitesse...A l' arrière, les jeunes dormirent beaucoup.
Quinze heures après, les premiers contreforts alpins apparurent. La Savoie exposait à nouveau ses sommets et Aix-les-Bains, pimpante et guillerette avec ses balcons de fleurs, nous ouvrit les bras.
Fourbus, enkylosés, l' estomac dans les talons, nous nous étions vite mis à la recherche d' une pizzéria. Il était à peu près dix- neuf heures trente...Il y avait encore de la place dans les gargottes..
Assis enfin à une bonne table, les premiers coups de fourchette en disaient long sur notre famine. Gladys s' agitait, riait...Le sommeil du voyage l' avait un peu requinquée. Elle retrouvait son tempérament vif, plutôt extraverti. L' envie lui prit de nous parler de ses concours de danse et la malheureuse osa dire qu' elle n' était pas émotive, elle !...Giorgio se sentit directement visé. En pleine salle de restaurant, il voulut gifler cette "jeunette", cette "merdeuse" qui s' affirmait trop. Je pris la défense de ma fille, bien sûr, mais quel esclandre, quelle honte ! Tous les clients nous regardaient... J' entraînai la pauvrette à l' extérieur. Elle était pâle et n' avait pas très bien compris la situation. Tant d' exagération pour si peu de choses!
Nous fîmes quelques pas dans la rue du Temple, histoire de nous calmer. Nous pressentions le pire...Giorgio et Titi avaient eux-aussi quitté le resto, derrière nous, et maintenant ils étaient à notre recherche. Ils nous traquaient comme des fous. On entendait l' Audi rouler à tout' berzingue dans les ruelles étroites. Fallait-il nous montrer, affronter l' hystérie de ce type excédé ? On n' osait plus...Et puis, le malaise de Titi nous ressaisit. Il devait être bien meurtri après ces excès... Courageusement, nous nous sommes décidées à arpenter le grand boulevard de la ville. Giorgio nous vit aussitôt, s' arrêta à notre hauteur. Son fils nous fit signe de monter. Je lisais dans ses yeux une telle supplique...L' Audi repartit avec ses quatre occupants.
Il nous restait une vingtaine de kilomètres à parcourir jusqu' à Cognin, là où nous habitions. Les premières gênes passées, Gladys reprit son bavardage, ses mots couverts, ses gloussements de gamine, quoi ! Elle se trouvait derrière moi.Tout à coup, la voiture fit une embardée et pila net. Je ne sais par quelle gymnastique, Giorgio se jeta sur elle...Titi enserra son père de toute la force de ses jeunes bras. Lui seul savait ce qu' il pouvait faire...et il le fit ! La tête de Gladys heurta violemment la vitre de la portière. Elle hurla de peur, de douleur...Mon sang ne fit qu' un tour. Je lui criai..." Sors, Glad, sauve-toi !..." Du même coup, j' arrachai la clef de contact...Après tout, c' était MA voiture !!
Je rejoignis ma fille à toutes jambes, le long de la nationale. Elle avait réussi à s' échapper des mains de ce "macho", de cette brute, mais dans quel état elle se trouvait...Elle sanglotait et bégayait sans cesse..." Ma-man...ap-pelle papa, ap-pelle papa..." J' ai craqué. Je me suis écroulée sur le bord du trottoir. Des tremblements sporadiques m' empêchaient d' avoir une pensée claire. Nous sommes restées toutes les deux, assises par terre, dans la nuit noire, je ne sais combien de temps. Exhalaison de tristesse, d' écoeurement... Joli retour de vacances ! J' enlaçais ma puce, l' embrassai, la réconfortai . Elle et moi contre le monde entier, c' était un peu ça.
Il fallait pourtant récupérer l' Audi, coûte que coûte. Nous l' avions bien retrouvée à l' endroit où nous l' avions abandonnée. Mais, personne... Je pris le volant, la tête lourde. Le long du lac, dans le halo des phares...un garçon...Titi !! Il marchait, ébêté. Où allait-il ? Que voulait-il faire ? Il avait laissé son père vociférer aux quatre vents...Il accepta de nous rejoindre. Il n' avait rien vu venir, lui non plus...Le retour fut silencieux.
Quand j' ouvris plus tard la porte de mon appartement, Giorgio était là, calme, "repris", complètement repenti. Je n' ai jamais su comment il avait réussi à rentrer avant nous. Il n' en menait pas large...Il s' excusa. C' était la faute à la fatigue, au voyage trop long...La prochaine fois, il s' arrêterait davantage...
(Il n' y eut plus jamais de "prochaine fois"...Cet homme m' a harcelée longtemps mais je réussis à le quitter et à l' oublier. Aujourd' hui, Gladys a trente et un ans. C' est une mère attentive, dynamique, sensible, et nos connivences de femmes ne cessent de grandir. Il lui arrive de croiser Titi dans les rues d' Aix. Elle prend encore beaucoup de plaisir à parler avec ce grand et beau gaillard...Quant à moi, je n' ai jamais hésité à faire apparaître sur le panneau d' affichage de mon école, le numéro vert de ...S.O.S femmes battues. Je leur devais bien ça, à ces pauvres infortunées !)
Publié par little stella à 07:26:14 dans rencontre | Commentaires (13) | Permaliens
Giorgio avait deux passions: le rugby et les boules. Le rugby lui avait laissé des muscles, un joli torse et le goût de la stratégie. Les boules, lui donnaient une belle réputation , celle du "meilleur tireur" de la région aixoise.
Je découvris ces obsédés de la petite sphère avec beaucoup d' amusement, me demandant toujours si un bouliste était réellement un sportif...Au printemps, les tournois se succédaient régulièrement, une fois par semaine. Et quand le week-end arrivait, c' est avec plaisir que je mettais de côté mes tracas pédagogiques pour m' ouvrir naturellement aux stades poussiéreux, aux scores conflictuels, aux barbecues improvisés et aux sympathies spontanées qui naissaient rapidement entre les épouses des différents joueurs. L' heure était à la convivialité et à la simplicité. Je recevais avec gratitude ce que la vie me donnait, sans me poser plus de questions. J' avais connu auparavant tellement de remous que mon âme aspirait à une vie plus tranquille.
Durant ce mois d' août 89, en Espagne, près de Valencia, le terrain de pétanque nous avait vus presque tous les jours. Au début, Giorgio avait du mal à remporter les concours. Il se mesurait à de grands amateurs et il doutait de ses compétences. La nervosité déportait ses tirs. Puis, peu à peu, et sur mes encouragements sans cesse renouvelés, sa concentration revenait. Son adresse se peaufinait et son poignet gauche lui redonnait enfin de belles satisfactions. Giorgio retrouva sa complète maîtrise et remporta plusieurs trophées qu' il fêtait à chaque fois très bruyamment avec une joyeuse équipée.
J' avais bien remarqué cette tendance qu' il avait à s' éterniser autour d' une bouteille de pastis...Mais bon, il avait bien, lui aussi, le droit de décompresser un peu, après les affres de son divorce difficile. Et puis, "la boule" avait sa loi...Chaque joueur perdant ou gagnant payait sa tournée et tous devaient y faire honneur. Alors, durant de longues heures, sur le coin d' un comptoir, les verres ne désemplissaient pas. Leur couleur mordorée ne changeait presque pas au rajout d' eau, tant les doses d' alcool versées étaient importantes. Tous les exploits se racontaient indéfiniment, à la manière de ces vieilles bonnes femmes qui n' arrêtent pas de radoter. On buvait encore et encore, sans soif, jusqu' à l' étourdissement, et mon inquiétude n' y aurait rien changé de toute façon.
Nos vacances se déroulaient quand même bien. Nous étions là, tous les quatre, à Sagunto. Gladys et Titi se délectaient à leur nouvelle complicité et on aimait les voir courir ensemble au bord de la plage ou dans la folle effervescence d' une féria. Le temps passait gentiment et, au fur et à mesure que la mer et le soleil nous doraient, les bonnes tables venaient parachever avec délice notre sentiment de plénitude.
Un soir pourtant, la veille de notre départ, alors que les enfants venaient de sortir et que je terminais la vaisselle, Giorgio s' effondra, sans motif apparent, muet dans sa douleur. Couché dans la pénombre de la chambre, il ne bougeait plus. Les rivières de larmes qu' il avait tant retenues coulaient librement à ne plus s' arrêter. Elles emportaient tout...sa peine, ses rancunes, mais aussi son bonheur nouveau. Elles me racontaient en même temps, les frustrations, les défaites de son coeur soumis, ses espoirs stériles, ses chemins d' infortune, ses impasses, ses combats.
Je compris que sa jolie garce lui manquait. Ses yeux devaient continuer à la chercher partout, sur les places comme sur le sable, puisque c' est ici, à Sagunto, qu' il était déjà venu avec elle. Misère de tous les instants quand les souvenirs vous assaillent trop...Les lèvres de Giorgio prirent au bout d' un moment les contours de la souffrance profonde et ses mains ne me cherchaient même plus. Elles s' étaient refermées sur le mal de l' absence et sur l' absurdité de nos vies.
Les enfants rentrèrent plus tard que d' habitude. Ils avaient voulu profiter de leurs dernières heures de liberté. Nous quittions les lieux le lendemain matin, très tôt. Aussi fallut-il tout ranger dans la maison louée, tout nettoyer, boucler les sacs, emballer les provisions qui restaient. Ces actions se firent à trois, sans goût, sans ardeur, Titi s' étonnant de voir son père si fatigué.
Cette dernière nuit passée en Espagne a été bizarrement torride et froide à la fois. Si la chaleur m' empêchait de trouver rapidement le sommeil, mon esprit, lui, ne pouvait oublier le visage de Giorgio et ses rictus de torture... En fait, j' avais entendu les pleurs d' un homme qui n' arrivait pas à tourner la page. Je n' étais pour l' heure que sa bouée de sauvetage...Allait-il avoir la force de s'y agripper solidement? Je ne savais plus rien de lui, ni de mes sentiments. J' étais perdue dans le marasme de mes certitudes pulvérisées.
Solange Arcamone
( à suivre...)
Publié par little stella à 09:38:36 dans rencontre | Commentaires (12) | Permaliens
En cette période de retour de vacances, soyez prudents si vous voyagez en voiture. Arrêtez-vous plusieurs fois sur la route . C' est vital ! Voici ce qui m' est arrivé, il y a quelques années, par une fin de mois d' août...
Automne 88... tout de suite après mon divorce. Sur l' insistance d' une amie qui me poussait à sortir, j' avais fait la connaissance de Giorgio, un soir, au Casino d' Aix-les-Bains.
C' était un sentimental. Pas intello mais touchant avec sa verve de méridional et sa larme à l' oeil au moindre épanchement. Il dansait à merveille... En bon "chargé d' affaires", la technique et la robotique le faisaient vivre. Il n' allait pas par quatre chemins. Je lui avait plu et le lendemain de notre rencontre, on se revoyait déjà dans un bar à Chambéry, autour ...d' une menthe à l' eau !
Costume, chemise, cravate, il avait un style de commercial. Barbu, beau sourire, mains douces, sa tournure m' attirait. Notre relation partait sous de bons augures. Il amusait Gladys, ma chipie... Comme des gosses, ils se chatouillaient à mourir de rire ! Un mois après, Giorgio logeait chez nous.
Mère dialysée, père suicidé...son contexte familial était douloureux. Tous les dimanches après-midi, nous allions voir Monia. Elle habitait Myans et vivait seule dans sa grande maison depuis la disparition tragique de son mari. Son unique voisine, c' était sa fille Maria. Elle ne lui adressait plus la parole depuis quinze ans ! Histoire de famille un peu obscure...La rancune s' éternisait. Le "pater" en était mort. Il avait mis fin à ses jours en s' asphyxiant avec les gaz de sa voiture, dans son garage.
Giorgio plaignait beaucoup sa mère. Depuis vingt ans, un taxi l' emmenait deux fois par semaine à l' hôpital. Ses reins ne fonctionnaient plus. Supplice permanent de cette pauvre femme de soixante ans...On lui en aurait donné quatre-vingts ! Amaigrie, bancale, jaunie par la maladie, elle affrontait son handicap avec courage. Magnésium, potassium, calcium, phosphore, vitamines, elle savait tout sur les aliments qui l' aideraient à tenir le coup...Prise en charge admirable mais Monia arrivait au bout du rouleau, épuisée. Le rhum et les cigarettes la soutenaient encore. Le jambon d' Aoste lui rendait son sourire. Toute sa patrie était là, dans ses fines tranches de viande salée qu' elle détachait avec d' infinies précautions. Elle descendait péniblement l' escalier, à l 'envers, pour ne pas trébucher, et n' entendait plus le téléphone. Son corps et sa mécanique l' accaparaient complètement.
Nous repartions toujours de Myans, attristés, mais notre vie commune prenait le dessus, heureusement. Gorgio me parlait souvent de sa maison de Méry. Il avait tout fait lui-même...Les sols, les tapisseries, les peintures, la cheminée et les aménagements extérieurs. Il rêvait d' y retourner...avec moi ! J' étais "sa bichette", en qui il mettait tellement d' espoir ! Trompé, trahi, si fortement déçu par sa femme...Cette jolie garce qu' il avait trop aimée, pillait sa résidence, brûlait la pelouse, javellisait les plantes et détournait son fils. "Titi" venait nous voir cependant, un dimanche sur deux. Les choses se passaient bien avec Gladys. Ils avaient le même âge, quatorze printemps.
Nous avions assez vite échaffaudé un nouveau projet de vie, à quatre...Giorgio ne se mêlait jamais de ma vie professionnelle. L' enseignement n' était pas sa tasse de thé et moi, son univers d' installations électriques, de câblages et de contrats à l' étranger m' intéressait peu. Nous restions différents mais nous voulions la même chose : être heureux.
( à suivre ! )
Publié par little stella à 09:07:46 dans rencontre | Commentaires (22) | Permaliens
(Une fresque exceptionnelle de Giancarlo Ferrugia)
" Jamais Mme Bovary ne fut aussi belle qu' à cette époque; elle avait cette indéfinissable beauté qui résulte de la joie, de l' enthousiasme, du succès, et qui n' est que l' harmonie du tempérament avec les circonstances.Ses convoitises, ses chagrins, l' expérience du plaisir et ses illusions toujours jeunes, comme font aux fleurs le fumier, la pluie, les vents et le soleil, l' avaient par gradations développée, et elle s' épanouissait enfin dans la plénitude de sa nature.Ses paupières semblaient taillées tout exprès pour ses longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu' un souffle fort écartait ses narines minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu' ombrageait à la lumière un peu de duvet noir.On eût dit qu' un artiste habile en corruptions avait disposé sur sa nuque la torsade de ses cheveux: ils s' enroulaient en une masse lourde, négligemment, et selon les hasards de l' adultère, qui les dénouait tous les jours.Sa voix maintenant prenait des inflexions plus molles, sa taille aussi; quelque chose de subtil qui vous pénétrait se dégageait même des draperies de sa robe et de la cambrure de son pied.Charles, comme aux premiers temps de son mariage, la trouvait délicieuse et tout irrésistible." FLAUBERT
Une oeuvre que j' aime lire et relire et qui me "bluff" toujours autant. On oublie qu' Emma est décrite, sentie, analysée par un homme. "Artiste de la chair", Flaubert affirme son androgynie et rejoint le "Sacré Féminin"...Ses phantasmes, ses mollesses oniriques, ses ivresses, ses voluptés et son désir d' aimer jusqu' à en mourir. Chapeau bas encore et encore !
Solange Arcamone
Publié par little stella à 08:41:19 dans Se-xy | Commentaires (4) | Permaliens
Depuis le 08-12-2005 :
336135 visiteurs
Depuis le début du mois :
1361 visiteurs
Billets :
476 billets
Commentaires