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L' arrivée en France après deux mille kilomètres de route, allait être catastrophique.
Giorgio conduisait bien mais, un rien pouvait le mettre hors de lui. L' Audi avalait goulûment le macadam. Les limitations de vitesse n' étaient pas toujours respectées, ni la "dépose-toilettes", d' ailleurs. Je ne bronchais pas mais mon oeil ne quittait plus le compteur de vitesse...A l' arrière, les jeunes dormirent beaucoup.
Quinze heures après, les premiers contreforts alpins apparurent. La Savoie exposait à nouveau ses sommets et Aix-les-Bains, pimpante et guillerette avec ses balcons de fleurs, nous ouvrit les bras.
Fourbus, enkylosés, l' estomac dans les talons, nous nous étions vite mis à la recherche d' une pizzéria. Il était à peu près dix- neuf heures trente...Il y avait encore de la place dans les gargottes..
Assis enfin à une bonne table, les premiers coups de fourchette en disaient long sur notre famine. Gladys s' agitait, riait...Le sommeil du voyage l' avait un peu requinquée. Elle retrouvait son tempérament vif, plutôt extraverti. L' envie lui prit de nous parler de ses concours de danse et la malheureuse osa dire qu' elle n' était pas émotive, elle !...Giorgio se sentit directement visé. En pleine salle de restaurant, il voulut gifler cette "jeunette", cette "merdeuse" qui s' affirmait trop. Je pris la défense de ma fille, bien sûr, mais quel esclandre, quelle honte ! Tous les clients nous regardaient... J' entraînai la pauvrette à l' extérieur. Elle était pâle et n' avait pas très bien compris la situation. Tant d' exagération pour si peu de choses!
Nous fîmes quelques pas dans la rue du Temple, histoire de nous calmer. Nous pressentions le pire...Giorgio et Titi avaient eux-aussi quitté le resto, derrière nous, et maintenant ils étaient à notre recherche. Ils nous traquaient comme des fous. On entendait l' Audi rouler à tout' berzingue dans les ruelles étroites. Fallait-il nous montrer, affronter l' hystérie de ce type excédé ? On n' osait plus...Et puis, le malaise de Titi nous ressaisit. Il devait être bien meurtri après ces excès... Courageusement, nous nous sommes décidées à arpenter le grand boulevard de la ville. Giorgio nous vit aussitôt, s' arrêta à notre hauteur. Son fils nous fit signe de monter. Je lisais dans ses yeux une telle supplique...L' Audi repartit avec ses quatre occupants.
Il nous restait une vingtaine de kilomètres à parcourir jusqu' à Cognin, là où nous habitions. Les premières gênes passées, Gladys reprit son bavardage, ses mots couverts, ses gloussements de gamine, quoi ! Elle se trouvait derrière moi.Tout à coup, la voiture fit une embardée et pila net. Je ne sais par quelle gymnastique, Giorgio se jeta sur elle...Titi enserra son père de toute la force de ses jeunes bras. Lui seul savait ce qu' il pouvait faire...et il le fit ! La tête de Gladys heurta violemment la vitre de la portière. Elle hurla de peur, de douleur...Mon sang ne fit qu' un tour. Je lui criai..." Sors, Glad, sauve-toi !..." Du même coup, j' arrachai la clef de contact...Après tout, c' était MA voiture !!
Je rejoignis ma fille à toutes jambes, le long de la nationale. Elle avait réussi à s' échapper des mains de ce "macho", de cette brute, mais dans quel état elle se trouvait...Elle sanglotait et bégayait sans cesse..." Ma-man...ap-pelle papa, ap-pelle papa..." J' ai craqué. Je me suis écroulée sur le bord du trottoir. Des tremblements sporadiques m' empêchaient d' avoir une pensée claire. Nous sommes restées toutes les deux, assises par terre, dans la nuit noire, je ne sais combien de temps. Exhalaison de tristesse, d' écoeurement... Joli retour de vacances ! J' enlaçais ma puce, l' embrassai, la réconfortai . Elle et moi contre le monde entier, c' était un peu ça.
Il fallait pourtant récupérer l' Audi, coûte que coûte. Nous l' avions bien retrouvée à l' endroit où nous l' avions abandonnée. Mais, personne... Je pris le volant, la tête lourde. Le long du lac, dans le halo des phares...un garçon...Titi !! Il marchait, ébêté. Où allait-il ? Que voulait-il faire ? Il avait laissé son père vociférer aux quatre vents...Il accepta de nous rejoindre. Il n' avait rien vu venir, lui non plus...Le retour fut silencieux.
Quand j' ouvris plus tard la porte de mon appartement, Giorgio était là , calme, "repris", complètement repenti. Je n' ai jamais su comment il avait réussi à rentrer avant nous. Il n' en menait pas large...Il s' excusa. C' était la faute à la fatigue, au voyage trop long...La prochaine fois, il s' arrêterait davantage...
(Il n' y eut plus jamais de "prochaine fois"...Cet homme m' a harcelée longtemps mais je réussis à le quitter et à l' oublier. Aujourd' hui, Gladys a trente et un ans. C' est une mère attentive, dynamique, sensible, et nos connivences de femmes ne cessent de grandir. Il lui arrive de croiser Titi dans les rues d' Aix. Elle prend encore beaucoup de plaisir à parler avec ce grand et beau gaillard...Quant à moi, je n' ai jamais hésité à faire apparaître sur le panneau d' affichage de mon école, le numéro vert de ...S.O.S femmes battues. Je leur devais bien ça, à ces pauvres infortunées !)
Publié par little stella à 07:26:14 dans rencontre | Commentaires (13) | Permaliens
23-08-2006 19:01
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Solange
23-08-2006 18:09
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23-08-2006 17:43
De Josee Sujet:
Solange
23-08-2006 16:11
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23-08-2006 16:03
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23-08-2006 10:49
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